Un an après le lancement des partenariats entre la République démocratique du Congo, le FC Barcelone et l’AS Monaco, les premières interrogations apparaissent.
Des accords présentés comme des outils de promotion de l’image de la RDC, mais également comme des instruments destinés à contribuer au développement du sport congolais et en particulier du football.
Pourtant, au terme de cette première saison, le bilan mérite d’être examiné de près.
D’un côté, la RDC a bénéficié d’une exposition internationale importante à travers deux grandes institutions du football européen.
De l’autre, plusieurs engagements liés à la formation et à la détection des talents semblent avoir pris du retard.
À cela s’ajoute désormais une question sur la visibilité du partenariat avec le FC Barcelone, alors que le slogan « R.D. Congo, Cœur d’Afrique » a disparu des tenues du club au début de la saison 2026-2027.
Des partenariats qui représentent plusieurs millions d’euros
Le partenariat conclu avec le FC Barcelone porte sur plusieurs saisons et a été présenté par les autorités congolaises comme un accord stratégique destiné à promouvoir le sport et la culture de la RDC.
Selon les chiffres publiquement rapportés, l’accord avec le club catalan représente environ 11 millions d’euros par saison, soit 44 millions d’euros sur quatre ans.
De son côté, le partenariat avec l’AS Monaco a été conclu pour 4,8 millions d’euros sur trois saisons, soit environ 1,6 million d’euros par saison.
Des montants conséquents qui rendent naturellement nécessaire l’évaluation des retombées concrètes de ces investissements publics.
Une visibilité internationale bien réelle
Sur ce premier point, les partenariats ont effectivement permis à la marque « RD Congo, Cœur d’Afrique » d’être exposée sur des supports à forte visibilité.
Avec le FC Barcelone, le slogan est apparu sur les maillots d’entraînement des équipes professionnelles du club. Le gouvernement congolais avait annoncé que cette visibilité devait être maintenue pendant quatre saisons, jusqu’en 2028-2029.

Avec l’AS Monaco, la marque congolaise a notamment été affichée sur la manche du maillot de l’équipe professionnelle et sur les équipements de l’Academy.

dispositif monégasque prévoyait également une exposition de la marque dans l’environnement du club.La visibilité internationale recherchée par les autorités congolaises a donc bien existé.
Mais cette première constatation soulève une question essentielle : Quelle a été la retombée concrète de cette visibilité pour le sport, le tourisme, la culture ou l’économie congolaise ?
Car une exposition médiatique ne constitue pas, à elle seule, une mesure de l’efficacité d’un partenariat.
RDC – FC Barcelone : un détail qui interpelle
Un élément attire particulièrement l’attention au début de cette nouvelle saison.
La saison dernière, le FC Barcelone affichait le slogan « R.D. Congo, Cœur de l’Afrique » au dos de ses maillots d’entraînement lors de plusieurs apparitions liées à ses rencontres de Liga.
Cette inscription faisait directement référence au partenariat conclu avec le gouvernement congolais, par l’intermédiaire du ministère des Sports et Loisirs.
Or, pour la saison 2026-2027, le slogan congolais n’apparaît plus sur certaines tenues d’entraînement observées, où le dos du maillot affiche désormais la mention « Barça ». Cette évolution soulève plusieurs interrogations.

S’agit-il d’un changement ponctuel lié aux différents modèles de tenues utilisés par le club ?
D’un réajustement des modalités de visibilité prévues dans le contrat ?
D’une modification du dispositif publicitaire pour cette nouvelle saison ?
Ou d’une conséquence des difficultés rencontrées autour du partenariat ?
À ce stade, aucune explication officielle claire du FC Barcelone ou du gouvernement congolais sur ce changement précis n’a été rendue publique.
Il convient donc de rester prudent : l’absence du slogan sur certaines tenues ne permet pas, à elle seule, de conclure à une rupture du partenariat.
D’autant que le FC Barcelone avait officiellement annoncé en 2025 que le slogan congolais devait apparaître sur les maillots d’entraînement pendant quatre saisons.
La question mérite néanmoins d’être posée, notamment parce que la visibilité de la marque constitue l’un des principaux éléments facilement observables du contrat.
Le développement du sport congolais : le grand enjeu
Au-delà du « branding », les autorités congolaises avaient présenté ces partenariats comme des outils destinés à développer le sport congolais.
Avec le FC Barcelone, plusieurs programmes avaient été annoncés : formation d’entraîneurs, immersion de jeunes Congolais à La Masia, organisation de camps et développement de différentes disciplines sportives.
En 2025, le ministre des Sports Didier Budimbu avait notamment expliqué que 50 jeunes Congolais par saison devaient bénéficier d’une immersion à La Masia. Cela ne s’est finalement pas réalisé lors de l’exercice 2025-2026.
Avec l’AS Monaco, le partenariat devait également contribuer à la détection et à la formation des jeunes talents.
Mais au terme de cette première année, c’est précisément sur ce volet que les premières difficultés apparaissent.
En août 2026, Didier Budimbu a lui-même reconnu qu’un retard avait été pris dans l’exécution du volet formation et détection.
» Comme avec le FC Barcelone, par saison, nous avons droit à 50 jeunes congolais qui doivent aller en immersion à La Masia. On va voir cette deuxième saison, si nous avons la possibilité d’avoir 100 jeunes pour rattraper ce retard. Nous sommes en discussion par rapport à ça », a-t-il déclaré lors du space X organisé en août 2026 par le journaliste Stanis Bujakera.
Des programmes annoncés, mais encore des questions sans réponse
En février 2026, le ministère des Sports avait notamment communiqué, via son site internet, autour de la mise en place d’un tournoi de détection organisé avec l’AS Monaco, annoncé pour avril 2026. Ce dernier n’a malheureusement pas eu lieu. Et qu’en est-il des autres sports?
Lors d’un space X accordé en août dernier au journaliste Stanis Bujakera, Didier Budimbu a de nouveau reconnu un certain retard dans le projet :
« C’est vrai que nous avons connu un certain retard. Nous sommes sommes en train de mettre en place un mécanisme pour pouvoir rattraper ce retard parce qu’il y a eu des paiements qui ont été faits pour avoir ces services« , s’est-il expliqué.
Le cas de la « Maison de la RDC » au Camp Nou
Le partenariat avec le FC Barcelone prévoyait également la création d’une « Maison de la RDC » au sein des installations du club catalan.
Selon le ministère des Sports, cet espace devait notamment servir de vitrine culturelle et économique pour la RDC au Camp Nou. Mais là encore, le projet a pris du retard.
En août 2026, Didier Budimbu expliquait que les retards dans les travaux du Camp Nou avaient également repoussé la mise en œuvre de cet espace dédié à la RDC.
Il s’agit donc d’un autre élément du partenariat dont la concrétisation devra être observée au cours de la deuxième saison.
Les partenariats rattrapés par les questions judiciaires
Les deux contrats ont également fait l’objet de procédures judiciaires distinctes.
AS Monaco : une enquête classée sans suite
Concernant le partenariat avec l’AS Monaco, une plainte avait été déposée en France en septembre 2025 par deux ressortissants congolais. Le dossier avait ensuite été transmis aux autorités monégasques par le Parquet national financier français, qui avait indiqué ne pas disposer de compétence géographique pour traiter directement cette affaire. Une enquête préliminaire avait alors été ouverte à Monaco.
En juillet 2026, le parquet général de Monaco a finalement classé l’enquête sans suite. Cette décision signifie que la procédure monégasque n’a pas débouché sur des poursuites sur la base des éléments examinés.
Il est donc important de préciser que le classement sans suite ne constitue ni une condamnation ni une validation générale du contrat : il met fin à cette procédure précise.
FC Barcelone : une enquête préliminaire en cours
Le dossier du FC Barcelone connaît, lui, une situation différente. Après le dépôt d’une plainte en Espagne concernant notamment les conditions de conclusion du partenariat et l’utilisation des fonds publics, le parquet anticorruption espagnol a transmis le dossier au parquet de Barcelone.
Ce dernier a confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire, confiée à son service spécial des enquêtes générales. À ce stade, cette procédure est donc toujours en cours.
Il convient naturellement de rappeler qu’une enquête préliminaire ne signifie pas qu’une infraction a été établie : elle vise précisément à examiner les faits et les éventuelles responsabilités.
Alors, que retenir de cette saison 1 ?
Un an après le lancement de ces partenariats, plusieurs constats peuvent être établis.
Ce qui est visible
Une exposition internationale de la marque « R.D. Congo, Coeur de l’Afrique ».
Une présence sur les équipements du FC Barcelone et de l’AS Monaco.
Une exposition de la marque dans l’environnement des deux clubs.
Une association de l’image de la RDC à deux institutions majeures du football européen.
Ce qui reste à démontrer
Les retombées concrètes pour le tourisme et l’économie.
L’impact réel sur le sport congolais et le football en particulier
Ce qui n’a pas été réalisé malgré les montants déboursés
La Maison RD Congo au Camp Nou
Le stage d’immersion de 50 jeunes congolais à La Masia
Le tournoi de détection de l’AS Monaco prévu en avril 2026
La formation des entraîneurs de football et des autres sports
Les travaux de structuration du football congolais tel qu’annoncé lors de l’officialisation des contrats
La mise en place effective de certains dispositifs prévus dans les contrats.
Et désormais, une nouvelle interrogation apparaît :
Pourquoi le slogan « R.D. Congo, Coeur d’Afrique » a-t-il disparu de certaines tenues d’entraînement du FC Barcelone au début de la saison 2026-2027 ?
Il serait prématuré de tirer un bilan définitif de ces partenariats, puisque les accords sont pluriannuels.
Mais la première saison aura permis de mettre en évidence un élément essentiel : la visibilité est mesurable, tandis que son impact sportif l’est beaucoup moins à ce stade.
Le ministre Didier Budimbu a d’ailleurs reconnu le retard pris dans le volet formation et détection et annoncé sa volonté de le rattraper lors de la deuxième saison.
La saison 2 devra donc permettre de répondre à une question centrale :
Après avoir obtenu une visibilité internationale, la RDC parviendra-t-elle à transformer ces partenariats en véritables outils de développement du sport congolais ?
C’est probablement à travers les jeunes formés, les entraîneurs accompagnés, les talents détectés et les infrastructures ou programmes effectivement mis en place que la véritable portée de ces investissements pourra être mesurée.







